Acquisition d’immeubles par des étrangers

L'acquisition d’immeubles par des étrangers (Lex Koller) en Suisse

La Lex Koller, une loi fédérale suisse emblématique, encadre strictement l’acquisition d’immeubles par des personnes à l’étranger sur le territoire helvétique. Cette réglementation, entrée en vigueur en 1983, vise à prévenir l’emprise étrangère sur le sol suisse et à maintenir un équilibre sur le marché immobilier national. Elle impose des restrictions et des procédures spécifiques aux acquéreurs étrangers, tout en prévoyant certaines exceptions. La Lex Koller soulève des questions complexes au carrefour du droit immobilier, du droit des étrangers et des enjeux économiques suisses.

Fondements et objectifs de la Lex Koller

La Lex Koller, dont le nom officiel est « Loi fédérale sur l’acquisition d’immeubles par des personnes à l’étranger », trouve ses racines dans les préoccupations historiques de la Suisse face à l’influence étrangère sur son territoire. Cette législation vise principalement à préserver l’identité nationale et à protéger le marché immobilier suisse d’une surenchère potentiellement dommageable pour les citoyens helvétiques.Les objectifs principaux de la Lex Koller sont :

  • Limiter l’acquisition de biens immobiliers par des personnes étrangères
  • Maintenir un équilibre sur le marché immobilier suisse
  • Prévenir la spéculation immobilière par des investisseurs étrangers
  • Préserver l’accessibilité au logement pour la population suisse

La loi s’applique à toutes les personnes physiques domiciliées à l’étranger, ainsi qu’aux personnes morales ayant leur siège à l’étranger ou contrôlées par des intérêts étrangers. Elle couvre l’acquisition de tout type de bien immobilier, qu’il s’agisse de terrains, de logements, de locaux commerciaux ou d’exploitations industrielles.

Contexte historique

La Lex Koller s’inscrit dans une longue tradition de mesures visant à contrôler l’influence étrangère en Suisse. Dès les années 1960, face à une augmentation significative des acquisitions immobilières par des étrangers, notamment dans les régions touristiques, les autorités suisses ont mis en place des restrictions. La Lex von Moos, adoptée en 1961, a été la première tentative de régulation dans ce domaine. Elle a été suivie par la Lex Furgler en 1973, qui a renforcé les contrôles. La Lex Koller, nommée d’après l’ancien conseiller fédéral Arnold Koller, a finalement été adoptée en 1983 pour consolider et affiner ces dispositions.

Principes fondamentaux

La Lex Koller repose sur le principe de l’autorisation préalable. Toute acquisition d’immeuble par une personne à l’étranger est soumise à une autorisation de l’autorité cantonale compétente, sauf exceptions prévues par la loi. Cette autorisation n’est accordée que si certaines conditions sont remplies, notamment l’existence d’un motif valable et l’absence de but spéculatif. La loi prévoit également des quotas annuels d’autorisations par canton, ce qui permet de réguler le volume des acquisitions étrangères sur l’ensemble du territoire suisse.

Champ d’application et définitions clés

Pour bien comprendre la portée de la Lex Koller, il est essentiel de définir précisément son champ d’application et les concepts clés qu’elle utilise. Cette loi s’applique à un large éventail de situations, mais comporte aussi des exceptions importantes.

Personnes assujetties

La Lex Koller vise principalement :

  • Les personnes physiques qui n’ont pas la nationalité suisse et qui ne sont pas domiciliées en Suisse
  • Les personnes morales ayant leur siège statutaire ou réel à l’étranger
  • Les personnes morales ayant leur siège en Suisse, mais contrôlées par des personnes à l’étranger

Il est à noter que les ressortissants de l’Union européenne (UE) ou de l’Association européenne de libre-échange (AELE) domiciliés en Suisse sont assimilés aux citoyens suisses et ne sont donc pas soumis aux restrictions de la Lex Koller.

Définition d’un immeuble

Au sens de la Lex Koller, la notion d’immeuble est large et comprend :

  • Les biens-fonds (terrains bâtis ou non)
  • Les propriétés par étages
  • Les parts de copropriété d’un immeuble
  • Les droits de superficie distincts et permanents

La loi s’applique également à l’acquisition de parts de sociétés immobilières, c’est-à-dire des sociétés dont le but réel est l’acquisition d’immeubles.

Exceptions notables

Certaines acquisitions sont exemptées de l’autorisation prévue par la Lex Koller :

  • L’acquisition d’une résidence principale par un étranger titulaire d’un permis B (autorisation de séjour) ou C (autorisation d’établissement)
  • L’acquisition d’immeubles servant d’établissement stable pour l’exercice d’une activité économique
  • L’acquisition par succession légale

Ces exceptions permettent de concilier les objectifs de la loi avec les besoins légitimes des étrangers résidant ou travaillant en Suisse.

Procédure d’autorisation et critères d’octroi

La procédure d’autorisation prévue par la Lex Koller constitue le cœur du dispositif de contrôle des acquisitions immobilières par des étrangers en Suisse. Cette procédure, qui peut sembler complexe au premier abord, suit des étapes bien définies et repose sur des critères précis.

Étapes de la procédure

1. Dépôt de la demande : L’acquéreur étranger doit déposer une demande d’autorisation auprès de l’autorité cantonale compétente, généralement le département en charge des affaires économiques ou du registre foncier.2. Examen préliminaire : L’autorité vérifie si l’acquisition est soumise à autorisation et si la demande est complète.3. Instruction du dossier : L’autorité examine en détail la demande, peut solliciter des compléments d’information et consulte d’autres services si nécessaire.4. Décision : L’autorité cantonale rend sa décision, qui peut être positive, négative ou assortie de conditions.5. Recours éventuel : En cas de refus, l’acquéreur peut faire recours auprès des instances cantonales puis fédérales.

Critères d’octroi de l’autorisation

Les autorités cantonales se basent sur plusieurs critères pour évaluer une demande d’autorisation :

  • Motif d’acquisition valable : L’acquéreur doit justifier d’un intérêt légitime à acquérir le bien immobilier.
  • Absence de but spéculatif : L’acquisition ne doit pas viser uniquement à réaliser un profit à court terme.
  • Respect des quotas cantonaux : Chaque canton dispose d’un contingent annuel d’autorisations à accorder.
  • Conformité aux règles d’aménagement du territoire : L’acquisition doit s’inscrire dans les plans d’aménagement locaux et cantonaux.
  • Impact sur le marché local du logement : L’autorité évalue si l’acquisition risque de perturber l’équilibre du marché immobilier local.

Cas particuliers

Certaines situations bénéficient d’un traitement spécifique :

  • Résidences secondaires : L’acquisition de résidences secondaires par des étrangers est particulièrement encadrée, avec des restrictions supplémentaires dans les régions touristiques.
  • Immeubles commerciaux : L’acquisition d’immeubles à usage commercial ou industriel peut être facilitée si elle s’inscrit dans le cadre d’une activité économique réelle en Suisse.
  • Héritages : Bien que l’acquisition par succession légale soit exemptée d’autorisation, des règles spécifiques s’appliquent en cas de succession testamentaire impliquant des personnes à l’étranger.

La procédure d’autorisation de la Lex Koller vise à garantir un examen approfondi de chaque demande d’acquisition, tout en permettant une certaine flexibilité pour répondre aux besoins économiques et sociaux légitimes des acquéreurs étrangers.

Sanctions et conséquences du non-respect

Le non-respect des dispositions de la Lex Koller peut entraîner des conséquences graves pour les contrevenants. La loi prévoit un arsenal de sanctions administratives et pénales visant à dissuader toute tentative de contournement et à garantir l’efficacité du dispositif de contrôle.

Sanctions administratives

Les principales sanctions administratives sont :

  • Nullité de l’acte d’acquisition : Toute acquisition effectuée sans l’autorisation requise est nulle de plein droit.
  • Obligation de revente : L’autorité peut ordonner la revente du bien acquis illégalement dans un délai déterminé.
  • Mise aux enchères forcée : En cas de non-exécution de l’ordre de revente, l’autorité peut procéder à une vente aux enchères forcée du bien.
  • Nomination d’un gérant officiel : Dans certains cas, un gérant officiel peut être nommé pour administrer le bien jusqu’à sa revente.

Sanctions pénales

La Lex Koller prévoit également des sanctions pénales pour les infractions les plus graves :

  • Amende : Pouvant aller jusqu’à 50 000 francs suisses ou même jusqu’au montant du gain illicite réalisé si celui-ci est supérieur.
  • Peine privative de liberté : Dans les cas les plus graves, une peine d’emprisonnement jusqu’à trois ans peut être prononcée.

Ces sanctions peuvent s’appliquer non seulement à l’acquéreur étranger, mais aussi à toute personne ayant participé à l’infraction, comme les intermédiaires ou les notaires qui auraient sciemment facilité une acquisition illégale.

Conséquences pratiques

Le non-respect de la Lex Koller peut avoir des répercussions importantes :

  • Impossibilité d’inscrire l’acquisition au registre foncier, ce qui empêche l’acquéreur de disposer pleinement du bien.
  • Risques financiers significatifs, notamment en cas de revente forcée à perte.
  • Atteinte à la réputation, particulièrement problématique pour les entreprises ou les personnes publiques.
  • Difficultés pour de futures transactions immobilières en Suisse, les autorités étant susceptibles d’examiner plus attentivement les demandes ultérieures.

Rôle des professionnels

Les professionnels du secteur immobilier et juridique jouent un rôle crucial dans la prévention des infractions à la Lex Koller :

  • Les notaires ont l’obligation de vérifier la conformité des transactions à la loi avant de les authentifier.
  • Les agents immobiliers doivent informer leurs clients étrangers des restrictions légales.
  • Les avocats conseillent leurs clients sur les implications de la Lex Koller et les assistent dans les procédures d’autorisation.

La rigueur des sanctions prévues par la Lex Koller souligne l’importance accordée par les autorités suisses au respect de cette législation. Elle incite tous les acteurs du marché immobilier à une grande vigilance et à une parfaite connaissance des règles en vigueur.

Implications actuelles et rôle des avocats

La Lex Koller continue de façonner le paysage immobilier suisse et soulève des questions complexes dans un contexte économique et juridique en constante évolution. Son application suscite des débats et nécessite une expertise pointue, notamment de la part des avocats spécialisés.

Enjeux contemporains

La Lex Koller fait face à plusieurs défis :

  • Pression du marché immobilier : La forte demande de biens immobiliers en Suisse, notamment dans les zones urbaines et touristiques, accentue les tensions entre les objectifs de la loi et les réalités économiques.
  • Évolution des structures d’entreprise : La mondialisation et la complexification des structures d’entreprise rendent parfois difficile la détermination du contrôle étranger.
  • Digitalisation de l’économie : L’émergence de nouvelles formes d’investissement, comme les cryptomonnaies ou les plateformes d’investissement en ligne, pose de nouveaux défis d’interprétation.
  • Accords internationaux : Les accords bilatéraux avec l’UE et d’autres partenaires commerciaux créent des interactions complexes avec la Lex Koller.

Rôle crucial des avocats

Dans ce contexte, le rôle des avocats spécialisés en droit immobilier et en Lex Koller est primordial :

  • Conseil préventif : Les avocats aident leurs clients à anticiper les implications de la Lex Koller dans leurs projets d’acquisition ou d’investissement.
  • Structuration des transactions : Ils conçoivent des structures juridiques conformes à la loi tout en répondant aux objectifs des clients.
  • Accompagnement dans les procédures : Les avocats guident leurs clients à travers le processus d’autorisation, préparant les dossiers et représentant leurs intérêts auprès des autorités.
  • Gestion des litiges : En cas de contentieux, ils défendent les intérêts de leurs clients devant les instances administratives et judiciaires.
  • Veille juridique : Les avocats suivent de près les évolutions législatives et jurisprudentielles pour adapter leurs conseils.

Perspectives et adaptations

La Lex Koller fait l’objet de discussions régulières quant à son adaptation aux réalités économiques actuelles :

  • Assouplissement ciblé : Certains milieux économiques plaident pour un assouplissement de la loi, notamment pour faciliter les investissements étrangers dans l’immobilier commercial.
  • Renforcement des contrôles : D’autres voix appellent à un renforcement des contrôles, particulièrement face aux montages juridiques complexes visant à contourner la loi.
  • Harmonisation internationale : La nécessité d’une meilleure coordination avec les normes internationales, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, est souvent évoquée.

Les avocats jouent un rôle essentiel dans ces débats, apportant leur expertise pour éclairer les décideurs politiques sur les implications pratiques des différentes options envisagées.En conclusion, la Lex Koller demeure un pilier du droit immobilier suisse, reflétant les préoccupations du pays en matière de souveraineté économique et de gestion du territoire. Son application requiert une expertise juridique pointue, faisant des avocats spécialisés des acteurs incontournables pour naviguer dans les méandres de cette législation complexe et en constante évolution.

Une première consultation

de 60 min à CHF 220.-

Faites le point de votre situation avec un avocat spécialisé.

Vous souhaitez uniquement un rendez-vous pour poser quelques questions ?
Vous n’êtes pas sûr de souhaiter sur des démarches à entreprendre ?
Votre situation n’est pas claire ?

Optez pour une première consultation avec un avocat.

Vous déciderez ensuite si vous souhaitez poursuivre les démarches et nos avocats vous donneront le coût de la procédure en fonction de votre cas. Rendez-vous possible en personne ou par visioconférence.

Besoin d'un avocat en droit immobilier ?

Prenez RDV dès maintenant

en appelant notre secrétariat ou en remplissant le formulaire ci-dessous. Rendez-vous possible en personne ou par visioconférence.

+41 58 255 05 85